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dimanche 26 avril 2015

Laclos - Les Liaisons dangereuses

    Me revoilà avec un classique un peu sulfureux...

Titre: Les Liaisons dangereuses
Auteur: Pierre Choderlos de Laclos
Genre: roman épistolaire
Date de publication: 1782
Pays: France

Résumé
   La Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont sont deux libertins, multipliant les aventures. Anciens amants, ils s'écrivent régulièrement. C'est cette correspondance fictive, à laquelle s'ajoute celle de quelques autres protagonistes de l'intrigue, qui est présentée dans ce roman. La Marquise de Merteuil, jeune veuve que toute la bonne société croit irréprochable, veut se venger d'un de ses anciens amants. Pour cela, elle imagine de débaucher sa jeune fiancée, Cécile de Volanges, fraîchement sortie du couvent. De son côté, le Vicomte de Valmont veut séduire une femme mariée, la Présidente de Tourvel. Mais Madame de Volanges met en garde la Présidente contre Valmont, gâtant ainsi ses chances. Il décide donc de s'allier à la marquise pour déshonorer la jeune Cécile et faire éclater un scandale après son mariage. La Marquise, qui a ses entrées chez les Volanges, deviendra pour cela la confidente de Cécile, la poussant dans les bras d'un jeune homme amoureux d'elle, le Chevalier Danceny. De son côté, le Vicomte gagnera la confiance du Chevalier afin de le manipuler.

Mon avis
   Je vous avoue tout d'abord que je ne suis pas une grande amatrice de romans du XVIIème ou du XVIIIème, ni de romans épistolaires. Pourtant...j'ai bien dû réviser mon avis.
   En effet, j'ai vraiment apprécié ce roman. Cela tient principalement à l'admirable analyse des sentiments. Le paradoxe est que, si les Liaisons traitent principalement d'amour, c'est bien le sentiment le moins présent, au détriment de l'envie, de la jalousie, du ressentiment, de l'orgueil, et de l'amour-propre. C'est donc tout d'abord cette originalité qui m'a intéressée. En effet, de tous les personnages, aucun n'est vraiment et sincèrement amoureux, puisque même les personnages les plus candides, Cécile et le chevalier, tireront profit des "leçons" des deux comparses et feront preuve de duplicité. 
   Le thème principal du roman est donc la manipulation. Alors que personne ne s'en doute, ce sont la marquise et le Vicomte qui tirent les ficelles de l'intrigue pour parvenir à leurs fins. Les personnages, tant manipulateurs que manipulés, sont remarquablement esquissés: les deux libertins sont épouvantables de cynisme et, il faut le dire, d'ingéniosité; les autres sont finalement totalement écrasés par ces deux figures de démiurges, n'ayant à leur opposer que leur naïveté, leur crédulité, et leur manque de discernement. Les personnages les plus sympathiques sont finalement, je trouve, la Marquise et le Vicomte, puisque leur ingéniosité et, finalement, leur lucidité froide et calculatrice est bien plus intéressante que la faiblesse des autres. Cette supériorité de personnages aussi noirs confère donc au roman une bonne part de son intérêt et de son originalité.
   En ce qui concerne l'intrigue, d'ailleurs passionnante, les machinations machiavéliques se succédant à une cadence impressionnante, je n'ai eu qu'une seule petite déception: j'ai en effet trouvé la fin un peu clémente pour certains personnages et un peu trop "morale"; mais sans doute l'époque l'exigeait-elle.
   De plus, j'ai redécouvert le roman épistolaire; il est vrai que ce genre m'a donné une nostalgie de ce moyen de communication merveilleux qu'est la lettre, qui invite, je trouve, à l'usage du beau langage. En tant que philatéliste, mon amour de la lettre était déjà bien présent, mais en tant que membre d'une génération où l'on n'écrit plus, ce roman m'a donné envie de reprendre la plume.
   Ma conquête a été cependant achevée par l'humour du ton persifleur de la Marquise et du Vicomte, chez qui on découvre parfois des insinutions peu amènes assez amusantes.

Mon verdict
   4,5/5; un savoureux roman sur la manipulation et la noirceur de l'âme humaine

   

dimanche 5 avril 2015

Maylis de Kerangal - Corniche Kennedy

   Cela doit bien faire un mois que je n'ai rien posté...et je n'ai qu'à peine lu... J'en suis désolée; le trvail en est principalement la cause. Je m'étais replongée dans Les Frères Karamazov de Dostoïevski, que j'avais commencé en 3ème et dont j'avais arrêté la lecture à la page 400... Las, je n'ai pas fait mieux puisque le livre m'est tombé des mains 150 pages plus loin. Je désespère de le terminer un jour. Je me suis donc rabattue sur un roman plus récent de Maylis de Kerangal, dont ma grand-mère avait beaucoup aimé le très salué Naissance d'un pont (Goncourt des Lycéens).

Titre: Corniche Kennedy
Auteur: Maylis de Kerangal
Genre: roman
Date de publication: 2008
Pays: France

Résumé
   Dans la ville de Marseille, sur une corniche réputée mal famée, des jeunes de différents horizons se rassemblent tous les après-midi, pour se livrer à une occupation qui ressemble à un rite initiatique: plonger dans la mer du haut de plusieurs promontoires de 3, 7 et 12 mètres. Tous les jours, un policier les observe, Sylvestre Opéra, commissaire chargé de la sécurité du littoral, avant de se replonger dans les affaires crapoteuses qu'il a l'habitude de traiter. Mais sur ordre du maire de la ville, ce sera un véritable affrontement, fait de courses-poursuites et de cache-cache, qui se tiendra entre la police et les adolescents, sur fond de trafic de drogue.

Mon avis
   Autant le dire tout de suite: j'ai été véritablement happée par ce roman. En effet, il se lit très vite (180 pages à peu près), l'intrigue est puissante et les personnages poignants.
   Le conflit adultes/jeunes, même s'il est parfois, je trouve, légèrement caricatural, sonne plutôt juste. Cette peinture de la jeunesse, exaltée, cherchant un but, pleine de vitalité, d'entrain, un peu irrationnelle, m'a séduite. Ce groupe de jeunes est une véritable petite société aussi, avec ses règles, ses codes, ses chefs, ses valeurs. J'ai trouvé également très intéressante l'évocation de la criminalité à Marseilles, avec les différents traffics, les meurtres et le proxénétisme. 
   Les personnages sont tout aussi captivants, notamment de part la diversité de leurs origines: si certains habitent dans des HLM des quartiers nords, d'autres ont des parents petits voire grands bourgeois pour l'une d'entre eux, personnage assez énigmatique d'ailleurs. Ces adolescents sont émouvants, agaçants, attachants, mais ne laissent pas de marbre. Je pense par exemple au plus jeune, Mario, véritable Gavroche des temps modernes. De même, le personnage du flic, ravagé, blessé et hanté par le souvenir d'une femme qu'il a croisée, et pourtant si humain, m'a plu. 
   Le style de Maylis de Kerangal est, j'en suis consciente, assez spécial: vif, parsemé d'onomatopées, omettant volontiers des virgules ou usant du langage familier, comme capable de descriptions magnifiques et, je trouve, très poétiques. S'il m'a légèrement décontenancée de prime abord, je l'ai vite beaucoup apprécié; d'autant plus que son adéquation avec le thème et l'histoire en elle-même est grande.
   Je suis peut-être un peu enthousiaste en usant de cette comparaison, mais ce roman a, j'ai trouvé, quelque chose de zolien: peut-être par certains aspects du style et parti-pris narratifs, ou par cette sorte de réalisme voire de naturalisme qui caractérise ce roman. Autant vous dire que je l'ai beaucoup apprécié, et que je peux avancer sans hésiter que c'est un roman qui m'a marquée, malgré quelques manques d'originalité et une fin trop abrupte à mon goût.

Mon verdict
   4,5/5; un âpre roman réaliste très réussi sur la jeunesse

dimanche 15 mars 2015

Klotz - Pereiro Lazaro - La Vraie Vie des profs (film)

   Il y a des jours (je suis sûre que vous voyez ce que je veux dire) où on regarderait n'importe quoi, même un film dont on sait pertinemment qu'il sera mauvais, pour d'obscures raisons. Eh bien, le dernier soir, j'étais tout à fait de cette humeur-là. Avec un titre pareil et une affiche dans ce style, cette comédie française répondait tout à fait à mes critères: elle avait tout l'air d'un chef-d'oeuvre. Alors, pour le malheur de mon cerveau, je me suis décidée (moment fatal) à appuyer sur play sur le lien youtube de ce film (non parce qu'il ne faut pas exagérer, je ne veux pas payer pour des trucs pareils)...

Titre: La Vraie Vie des profs
Réalisateurs: Emmanuel Klotz, Albert Pereira Lazaro
Genre: comédie
Avec: Audrey Fleurot, Lucien Jean-Baptiste, Emir Seguir, Sami Bouzid
Date de sortie: 2013
Pays: France 

Résumé
   Aux collège Emile Zola, Albert et Jean-Mohammed, habitués à faire les quatre cent coups, se voient contraints par le directeur (Lucien Jean-Baptiste) de participer à la rédaction du journal de l'école, avec la pire bande de "boloss" (sic) du collège. Mais ils vont trouver beaucoup plus amusant d'enquêter sur la vie privée de leurs profs, afin de diffuser des photos compromettantes sur un site internet, intitulé la Vraie Vie des Profs (VVDP). Seulement, ils contrarieront involontairement l'idylle du principal avec Madame Oufkir (Audrey Fleurot), la jolie prof de Français...

Mon avis
   Je pourrais résumer mon avis sur ce film en un mot (à la lecture du résumé vous devez déjà vous faire une vague idée de sa qualité), mais je trouve intéressant de développer le message qu'il transmet.   Car oui, ce film transmet un message. 
   Avant de voir en quoi consiste celui-ci, expédions nos critiques sur le film en lui-même: les acteurs sont mauvais (particulièrement Sami Bouzid et Lucien Jean-Baptiste, inexpressifs), les dialogues sont indigents à pleurer, le scénario est sans intérêt et artificiel (les profs ont tous un ténébreux secret à cacher), la photographie laide et désagréable à regarder.
   C'est fait. Maintenant, attaquons-nous au fond...
   Tout d'abord, l'idée sur laquelle se base le scénario m'a gênée. En effet, à l'heure où les écoutes de la NSA, la présence de caméras de surveillance toujours plus nombreuses dans les lieux publics font débat, tout comme les récents piratages de photos de stars dénudées, la volonté de ces enfants de pénétrer dans l'intimité de leurs professeurs sans leur consentement, et ce dans des buts futiles, pour mettre à jour leur vie privée (et même, dans le cas d'un professeur, son orientation sexuelle, affaire privée s'il en est), m'a profondément choquée. D'ailleurs il existe un mot pour qualifier cette attitude: le voyeurisme, tout simplement. En cela, le film est, je trouve, pernicieux, puisque le point de vue des enfants qu'il adopte, tout comme la fin heureuse (tout le monde est content même les profs qui assument tout et n'hésitent pas à apporter de l'eau au moulin de l'indiscrétion et de la négation de toute vie privée; les enfants ne sont pas punis, au contraire les profs les remercient presque...) présente ce voyeurisme comme bon et normal. De plus, ceux qui tentent d'y faire obstuction sont les adultes (éternels "vieux cons"), les profs et la hiérarchie de l'Education Nationale, représentants de l'autorité honnie, tandis que les enfants sont traités en héros. On peut donc se rendre compte que le message convoyé par ce film est assez gênant.
   Autre chose qui m'a étonnée (voilons à l'aide d'un bel euphémisme mon état d'esprit après ce visionnage), le film est, à mon sens, peu adapté au public qu'il vise (clairement, les collégiens pré-ados, voire les enfants). En effet, cette comédie (si tant est qu'on puisse lui concéder cette appellation) est bien trop vulgaire pour un public de cet âge. En disant que le film commence avec un dessin de pénis et se termine avec une sextape on peut s'en faire une vague idée... 
   De plus, le niveau de langue utilisé est déconcertant de pauvreté. Certes, pour un film de ce type, je ne m'attendais pas à du Chateaubriand, mais pas non plus à cette espèce de sabir qui n'a plus de français que le nom. Au nom d'un "parler jeune" qui sonne finalement assez faux (presque autant que celui du clip "Si t'as pas de Sam, t'as le seum" passé dans SLG), et que moi (qui ai tout de même 16 printemps, rappelons-le), ne comprends pas toujours, le français est massacré impitoyablement pour obtenir des dialogues inintelligibles aux plus de 18 ans, et qui plus est d'une pauvreté affligeante. A mon humble avis, toute personne douée d'un cerveau en état de fonctionner serait déjà énervée par ce point seul.
  Pour montrer à quel point ces questions de vocabulaire sont importantes, je voudrais citer l'exemple des intellos traités de "boloss" par les deux têtes à claques en question. Ce choix des dialoguistes est, je trouve, significatif des partis pris de ce film, qui choisit de dénigrer les bons élèves, ceux qui lisent, qui s'instruisent, se cultivent, ouvrent leur esprit à un horizon autre que leur petite personne. C'est une posture qui me met mal à l'aise et que j'ai du mal à accepter.
   Autant vous dire que je n'ai pas du tout, mais alors pas du tout apprécié ce film, véritable étron fumant cinématographiquement parlant, et qui diffuse un message pour le moins contestable du point de vue de l'éthique.
   Le lendemain, j'ai regardé, dans la même veine, Neuilly sa mère qui, pour être franchement caricatural (choix assumé par les scénaristes je pense) m'a tout de même fait rire et certainement plus divertie que cette...chose. Autant vous dire qu'à côté de ça Neuilly sa mère est un chef-d'oeuvre; c'est dire...
   Ceci dit, je vais me laver les yeux à l'acide et reviens pour de nouveaux articles...

Mon verdict
   0/5, sombre bouse au message contestable

   

mardi 3 mars 2015

Longus - Daphnis et Chloé

   Encore un roman que j'ai dû lire pour le lycée...dans le cadre, cette fois, du cours de Grec.

Titre: Daphnis et Chloé
Auteur: Longus
Genre: roman d'amour bucolique
Date de publication: IIème - IIIème siècle ap. J.-C.
Pays: Grèce

Résumé
   Alors qu'ils ne sont encore que nourrissons, Daphnis, puis Chloé, sont trouvés et recueillis par deux couples de bergers de l'île de Lesbos. Ils grandissent l'un près de l'autre; Chloé a en effet la garde d'un troupeau de brebis et Daphnis d'un troupeau de chèvres. Dans ce cadre champêtre, ils connaissent leurs premiers émois amoureux dans l'innocence de leur jeunesse. Mais de nombreuses péripéties attendent les jeunes gens: ils seront confrontés aux guerres, aux pirates, et aux ruses de leurs rivaux amoureux.

Mon avis
   L'intrigue en elle-même n'a, j'ai trouvé, que peu d'intérêt: elle suit tout à fait les codes du genre, tout s'arrange toujours pour les amants d'une façon somme toute assez convenue grâce à l'intervention des dieux. Le roman a donc un aspect assez mièvre.
   Cependant, le narrateur ne se prend pas vraiment au sérieux en ce qui concerne les codes du genre, c'est assez sensible. En effet, le jeune héros n'est pas toujours présenté sous son meilleur jour: il est parfois décrit comme lâche et, enfin c'est mon avis, pas très dégourdi. De plus, le narrateur se permet quelques libertés de ton. Tout ceci contribue à ce que le récit garde une agréable légèreté.
   Enfin, l'atmosphère champêtre et le cadre bucolique sont décrits avec finesse et rendent le roman très agréable à lire.
   Dernière chose, dans l'édition que j'avais en ma possession, un cours récit de Musée intitulé Héro et Léandre, récit d'amour tragique beaucoup plus sombre, m'a énormément plu.
 
Mon verdict
   3,5/5, léger et distrayant
Si vous voulez voir mon billet sur Œdipe-Roi de Sophocle, une autre œuvre de l'Antiquité grecque, c'est ici

lundi 23 février 2015

Daniel Defoe - Robinson Crusoë

   Comme vous le savez peut-être, j'ai dû lire, œuvre que je présenterai au bac de Français, Vendredi ou les limbes du Pacifique, de Michel Tournier, une réécriture de Robinson Crusoë, de Daniel Defoe. J'avais déjà lu et relu de nombreuses fois dans mon jeune temps ce roman, mais dans l'édition abrégée de la Bibliothèque Verte. Comme nous devions le lire pour la rentrée des vacances de février, c'était pour moi l'occasion rêvée de me replonger dans un roman d'aventures qui m'avait passionnée jadis...

Titre: Robinson Crusoë
Auteur: Daniel Defoe
Genre: roman d'aventures
Date de publication: 1719
Pays: Royaume-Uni

Résumé
   Robinson Crusoë, jeune homme possédé par le démon de l'aventure et l'envie de courir le monde, s'embarque un jour, au mépris des recommandations paternelles, sur un navire. Hélas, le navire est capturé par des Maures chez qui Robinson devient esclave. Cependant, il parvient un jour à tromper leur surveillance et à s'échapper sur un petit bateau de pêche. Il est alors recueilli par un capitaine portugais et aborde au Brésil où il s'établit comme planteur. Quelques années plus tard, alors que son exploitation prospère, il entreprend un voyage d'affaire, et c'est alors que son bateau fait naufrage et qu'il s'installe, seul rescapé, sur une île déserte. 

Mon avis
   Ce qui m'avait énormément plu quand, petite, j'avais lu et relu Robinson Crusoë, c'était l'interminable description de ses installations dans l'île, que j'essayais vainement de reproduire sous forme de cabanes plus ou moins branlantes. Il est vrai que l'ingéniosité que déploie Robinson est véritablement fascinante, et que la façon dont il parvient à vivre tout à fait convenablement et heureusement alors qu'il est dénué de tout est, je trouve, vraiment inspirante, c'est une leçon d'optimisme et de persévérance.
   J'ai été aussi très surprise de constater que l'édition abrégée que je connaissais avait été amputée de pas moins de la moitié du roman, portant principalement sur les aventures de Robinson en tant que marchand après son départ de l'île, et le devenir de la colonie qu'il a laissée sur l'île elle-même. Si j'ai été libérée de l'impression d'inachevé que je ressentais à chaque lecture du roman abrégé, j'ai par contre trouvé certaines péripéties et aventures d'un rocambolesque qui devenait parfois, je trouve, assez répétitif et ennuyeux, d'autant plus que le roman est vraiment très long.
   J'ai également mieux réalisé la portée religieuse du roman, avec les méditations de Robinson sur Dieu et l'évangélisation, qui reflètent bien la pensée de l'époque mais sont cependant vraiment intéressantes.
   Le personnage de Robinson m'a paru assez sympathique, puisqu'il s'agit d'un personnage tout de mesure, de prudence, de raison, pacifique et relativement tolérant, dont les relations avec Vendredi sont touchantes. En somme, c'est un vrai "honnête homme" du XVIIème siècle.
   J'ai trouvé qu'il émanait de ce roman un certain optimisme, qui en rend la lecture vraiment agréable, ce que je n'avais pas ressenti dans le cas du roman de Michel Tournier, où le personnage de Robinson est beaucoup plus sombre, moins mesuré, mais aussi plus complexe et dont l'évolution se ressent tout au long du roman.
   Quant au style, je répète que le XVIIème siècle n'est pas vraiment mon siècle favori. En effet, je trouve que l'écriture des auteurs de romans du XVIIème est souvent assez lourde et que leurs tics d'écriture sont agaçants. Je ne ressens pas du tout la même chose en ce qui concerne les auteurs du XVIème (merveilleux Montaigne), du XIXème (romantiques et réalistes) et du XXème. En tout cas, le style de Daniel Defoe ne m'a certes pas emballée, mais ne m'a pas énervée non plus. Considérons donc que je l'ai trouvé correct, d'autant plus que certains traits d'humour tout britanniques m'ont bien fait sourire.

Mon verdict
4/5, un roman positif

lundi 16 février 2015

Alexandre Pouchkine - Eugène Onéguine

   J'avais lu (et adoré) les Récits de Belkine, recueil de nouvelles de Pouchkine. Cela faisait trop longtemps que je n'avais plus lu de romans russes, c'est pourquoi je me suis armée de tout mon courage, et j'ai emprunté Eugène Onéguine et Les Frères Karamazov, de Dostoïevski, pour les vacances.

Titre: Eugène Onéguine
Auteur: Alexandre Pouchkine
Genre: roman d'amour en vers
Date de publication: entre 1825 et 1832
Pays: Russie

Résumé
   Eugène Onéguine est un dandy de la bonne société russe du début du XIXème. Après la mort de ses parents, il se retrouve héritier d'un confortable pécule, et court les salons mondains, enchaînant les conquêtes. Mais la vanité de cette vie superficielle lui apparait bien vite, et il décide de quitter le monde pétersbourgeois pour s'adonner aux plaisirs de la lecture. Cependant, l'ennui, le "mal du siècle", le rattrape vite, et il décide de se terrer dans sa demeure à la campagne. Il y fait connaissance d'une famille de voisins, les Larine, par l'intermédiaire de son ami Lenski, un jeune poète romantique qui est amoureux de la cadette, Olga. Son aînée, Tatiana, jeune fille assez sombre et timide, finit par s'éprendre de son voisin. Mais ce sentiment n'est pas réciproque.

Mon avis
   Il est évident que la forme peu courante d'un tel ouvrage, à mi-chemin entre roman et poésie, est très déroutante. De plus, mon niveau de russe n'est pas encore tel que je puisse apprécier la poésie de Pouchkine dans une version non traduite. Il est donc évident qu'il est difficile d'apprécier la poésie dans ces conditions. D'autre part, le fond même de l'ouvrage oscille sans cesse entre sujets typiques de la poésie, comme la condition du poète, et l'intrigue romanesque en elle-même. C'est pourquoi j'ai trouvé le récit assez décousu et difficile à suivre.
   En ce qui concerne l'intrigue en elle-même, et notamment l'esquisse des personnages, j'ai plutôt apprécié le roman, en grande partie à cause du personnage d'Onéguine, personnage ambigu torturé par l'ennui, et qui, finalement, n'arrive pas à faire grand-chose de sa vie. C'est un personnage tout à fait romantique en ce sens. Malgré tout, la fin assez abrupte m'a plus que surprise défavorablement, bien que je puisse concevoir qu'il s'agisse d'un choix poétique.
   Alors je sais que ce roman est un texte fondateur de la littérature russe, que c'est une œuvre archi-connue et étudiée en Russie, mais je dois avouer que j'ai vraiment eu du mal à l'apprécier, et ce à cause de son essence même: je n'ai pas été convaincue par le mariage du roman et de la poésie.

Mon avis
   2,5/5, décousu


mardi 10 février 2015

Stefan Zweig - Lettre d'une inconnue

   Après une éprouvante semaine de devoirs, je reviens avec ma dernière lecture, une oeuvre de Stefan Zweig dont j'avais déjà entendue parlé, mais c'est l'amusant blog Les Lectures de Cécile, que je suis, qui m'a finalement décidée à le lire !

Titre: Amok suivi de Lettre d'une inconnue
Auteur: Stefan Zweig
Genre: nouvelle
Pays: Autriche
Date de publication: 1922

Résumé
   L'édition en livre de poche, que j'ai lue, regroupe trois nouvelles de Stefan Zweig ayant pour thème la passion.
   Amok retrace l'histoire d'un médecin de brousse européen installé en Malaisie. Homme assez indolent et retiré du monde, il reçoit un jour la visite d'une lady hautaine qui recquiert ses services pour un avortement discret. Un climat de défi s'installe entre les deux personnages, et ce sera pour ce médecin le point de départ d'une passion dévorante pour cette femme.
   Le sujet de Lettre d'une inconnue est l'amour muet, mais pas moins passionné, qu'une jeune fille autrichienne a porté à un écrivain en vue, son voisin, avec qui elle n'a eu que peu de contacts et qui a toujours agi avec elle d'une façon assez légère.
   Quant à la troisième nouvelle du recueil, La Ruelle au clair de lune, elle met en scène un couple déchiré dont la femme, devenue prostituée, repousse avec cruauté celui qui a été son mari, qui, lui, lui voue un amour passionné et violent. Mais le tourmenteur et le tourmenté ne sont finalement pas ceux qu'on pensait...

Mon avis
   Ce recueil a le grand mérite, que n'ont hélas pas tous les recueils de nouvelles, parfois composés de manière assez arbitraire par les éditeurs, d'avoir une vraie unité. Ces trois nouvelles, relativement longues au demeurant, ont en effet un thème commun: la passion amoureuse dans ce qu'elle a de plus extrême, à la limite du sado-masochisme (particulièrement dans La Ruelle au clair de lune).
   Le thème de la passion amoureuse est traité d'une façon remarquable. En effet, c'est son aspect destructeur, pour soi-même et l'autre, qui est mis en avant dans ces nouvelles. J'ai trouvée très intéressante cette réflexion sur la passion, qui va jusqu'à la folie, l'obsession, l'anihilement de toute volonté, ou réflexion (comme chez la jeune héroïne de Lettre d'une inconnue).
   Ce thème si riche permet aussi d'introduire des personnages fascinants, comme la lady de Amok, énigmatique, distante, cruelle, et qui a pourtant, elle aussi, aimé... Dans Lettre d'une inconnue, c'est le personnage  de la jeune amoureuse qui m'a frappée: sa passion est en effet si forte qu'elle n'arrive pas à avoir un seul reproche ou à être malheureuse à cause de celui qu'elle aime, alors même que celui-ci passe sa vie à l'oublier et à ne pas se rendre compte de son amour silencieux. J'ai trouvé cela assez déroutant, peut-être plus encore que les relations violentes qui existent entre les personnages d'Amok ou de La Ruelle au clair de lune.
   J'ai donc particulièrement apprécié ce recueil, vraiment fascinant. J'ai retrouvé, bien sûr, le plaisir de goûter à une belle écriture ! Ma préférence va sans doute à Amok, où l'atmosphère tropicale ajoute encore à l'étrangeté et à la violence des sentiments, dans ces contrées où "la chaleur rend fous les Européens" selon le personnage principal.

Mon verdict
   5/5, de fascinantes esquisses de la passion.